Claude Wagner
Nous venons d'apprendre, le
décès de Monsieur Claude Wagner le lundi 15 décembre 2025 à l'âge de 97
ans.
La cérémonie religieuse a été célébrée le vendredi 26 décembre à 10h30
en l'Église Saint-Pierre-Saint-Paul de Sannois.
Claude était, pour beaucoup d’entre nous, la référence
absolue en matière de chemins de fer du XIXème siècle. Il incarnait une
mémoire vivante, un lien précieux avec une époque que la majorité de ma
génération n’a connue qu’à travers des récits, des photographies en noir et
blanc ou des cartes postales aux couleurs passées. Claude représentait ceux
qui nous ont précédés, ceux qui ont réellement connu le chemin de fer que
nous aimons tant : celui qui parcourait les campagnes et les villages, qui
serpentait doucement entre forêts et bocages, qui prenait le temps de vivre.
C’était le chemin de fer des tortillards, des petites lignes secondaires,
des tramways d’autrefois qui sillonnaient les grandes villes de France avant
que l’automobile n’impose sa loi. Un chemin de fer qui sentait bon la noisette,
la graisse chaude, l'odeur du charbon et le bois ciré, qui grinçait dans les courbes et
soufflait à l’effort. Un chemin de fer humain, proche des gens, qui
s’arrêtait dans de jolies gares fleuries, véritables cœurs battants des
bourgs et des hameaux. On y attendait le train comme un événement, pour
aller à la foire, au marché, rendre visite à de la famille ou simplement
découvrir le bourg voisin, un peu éloigné mais devenu soudain accessible.
Pour le CFC, et pour notre association en particulier, peu d’entre nous ont
eu la chance de connaître directement cette époque. Pourtant, grâce à Claude
Wagner, elle ne nous a jamais semblé totalement disparue. Membre fondateur,
il a participé dès le début des années 1980 aux réunions de mise sur pied de
notre association. À cette époque, il fallait de la passion, de l’audace et
une foi immense dans la valeur du patrimoine ferroviaire pour croire qu’un
tel projet pouvait durer. Quarante ans plus tard, le CFC est toujours vivant,
poursuivant et faisant vivre les rêves de nos aînés, et cela, nous le devons
en grande partie à des hommes comme Claude.
Pour les amateurs que nous sommes, Claude était un phare. Il savait, il
connaissait, il avait vu. Il avait découvert, visité et emprunté ces lignes
disparues, ces trains désuets mais attachants que nous ne voyons plus
aujourd’hui qu’à travers des images jaunies par le temps. Là où nous
imaginons, lui se souvenait. Il racontait avec précision et émotion ses
voyages d’un autre âge, la cadence tranquille des essieux, le roulis des
voitures, le souffle de la locomotive.
Chez Claude, les souvenirs n’étaient pas abstraits. C’étaient des sensations
: l’odeur du bois des vieilles voitures brinquebalantes, le craquement des
banquettes, le grincement métallique dans les courbes serrées. Il évoquait
le plaisir simple d’être assis près de la fenêtre, regardant défiler
lentement le paysage, les champs, les haies, les clochers, tandis que le
train prenait son temps, fidèle à son rythme. À travers ses récits, c’est
tout un monde disparu qui reprenait vie, un monde où le chemin de fer était
avant tout un compagnon du quotidien.
Claude Wagner n’était pas seulement un témoin du passé, il en était un
passeur. Grâce à lui, cette mémoire ferroviaire ne s’est pas éteinte. Elle
continue de nous inspirer, de nourrir notre engagement et de donner du sens
à notre action. En perpétuant le souvenir de ces chemins de fer modestes
mais essentiels, Claude nous a rappelé pourquoi nous aimons tant le rail :
non pour la vitesse ou la performance, mais pour l’émotion, la poésie, l’histoire et
l’humanité qu’il transporte.
Précurseur en la matière, c'est lui qui avait créé la FACS (1957) Fédération
des Amis des Chemins de fer Secondaires pour la sauvegarde,
la conservation, la restauration et la valorisation du matériel roulant
ferroviaire et des lignes de chemins de fer secondaires. Mais ce n'était pas
seulement matériel il faut appréhender aussi l'esprit de sauvegarde de notre
patrimoine, de notre culture, de cette manière de vivre que cette époque
inspirait.
Cet "Après-guerre" de 39-45 a connu des jeunes gens qui ne purent se
résigner à voir disparaître une à une toutes les lignes de chemins de fer
secondaires et les tramways. Depuis, ces jeunes créateurs ont vieilli, mais
d'autres passionnés ont rejoint ce mouvement. Les plus actifs ont fondé des
chemins de fer touristiques, ont rassemblé sur leurs deniers des collections
devenus inestimables, ou plus simplement ont aidé à préserver un patrimoine
ou à en écrire l’histoire.
Claude était de ceux-là, il a créé le Musée des Transport de
la Vallée su Sausseron à la gare Valmondois, point de départ
d'une ligne oubliée qui tortillait à travers le Vexin jusqu'à Marine.
Ce fut le l'exemple de bien d'autres coups d'essai comme :
-
Association du Musée des Transports Urbains,
Interurbains et ruraux (AMTUIR) 1957
-
Association du Musée des Transports de Pithiviers (AMTP)
1966
-
Association du Chemin de Fer Forestier d'Abreschviller (ACFA)
1968
-
Chemin de fer du Vivarais (CFV) 1968
-
Chemin de fer de la Baie de Somme (CFBS) 1971
et d'autres encore.
Son dernier train, il l'a pris vendredi dernier. Je le
regarde s'éloigner avec émotion et respect. Je présente mes sincères
condoléances à son épouse Simone et à son fils Thierry que je croise de
temps à autres dans des manifestations, associations, expositions.
Merci, Claude, d'avoir participé à la création du Chemins de fer des
Chanteraines. J'espère que ces modestes lignes garderont le souvenir de
l'origine de notre association pour laquelle vous avez été le premier à
œuvrer.
Bon voyage.
Pour le CFC
Marc André Dubout
|